Faire entrer et sortir son argent du Maroc : ce que disent vraiment les règles de l'Office des Changes (2026)
Si vous vivez, investissez ou dirigez une entreprise au Maroc, une règle décide de tout : votre capacité à ressortir votre argent plus tard se joue au moment où il entre. Les devises entrent au Maroc presque sans friction. C'est à la sortie que le système joue en votre faveur ou vous piège (et tout dépend de la façon dont vous avez documenté cet argent, et du compte sur lequel vous l'avez placé, dès le premier jour).
Ce guide porte sur ce mécanisme. Si vous êtes salarié et envoyez votre paie chaque mois, nous avons déjà un pas-à-pas pour vous : Comment envoyer de l'argent à l'étranger depuis le Maroc. Ici, on prend de la hauteur : faire entrer des capitaux, acheter un bien, financer une société, et pouvoir en rapatrier les produits sans bataille.
Le dirham est une voie à sens unique, sauf si vous préparez le retour
Le dirham marocain n'est que partiellement convertible. Vous convertissez librement des devises en dirhams ; l'inverse — reconvertir des dirhams et les envoyer à l'étranger — est encadré par l'Office des Changes et Bank Al-Maghrib.
La conséquence pratique est simple. L'argent qui provient de l'étranger peut en général en ressortir librement, à condition d'avoir été introduit et détenu correctement. L'argent gagné au Maroc — salaire, loyers, bénéfices — exige une justification, et souvent une autorisation préalable, avant de pouvoir sortir.
La vraie question est donc : « l'ai-je fait entrer de la bonne manière ? » Tout ce qui suit sert à y répondre à l'avance.
Connaître son statut et le cadre 2026
Le 1er janvier 2026, une nouvelle version du cadre des changes est entrée en vigueur : l'Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC) 2026. Elle range chacun dans l'un de quatre statuts, et votre statut détermine les comptes que vous pouvez ouvrir, ce que vous pouvez transférer et ce que vous devez déclarer :
Étranger non-résident — le régime le plus favorable, bâti autour de la garantie que les capitaux introduits par le circuit bancaire peuvent être retransférés.
Étranger résident au Maroc — un étranger qui vit ici (une carte de séjour valide vous rend résident au sens bancaire).
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Marocain résidant à l'étranger (MRE) — un statut élargi par les règles de 2026.
Le point qui piège le plus de monde : dès que vous détenez une carte de séjour et vivez ici, la banque vous traite comme résident. Cela change ce que votre compte ordinaire peut faire ou non — d'où l'importance du compte que vous ouvrez.
Trois comptes bancaires très différents pour faire circuler votre argent
On ne choisit pas « un compte bancaire » au Maroc. On en choisit un parmi trois, et le choix est presque irréversible dans ses effets :
Compte en dirhams non convertibles — le compte du quotidien, alimenté par l'argent gagné au Maroc. En sortir des fonds vers l'étranger est restreint et suppose l'accord de l'Office des Changes au cas par cas.
Compte en dirhams convertibles — alimenté uniquement par des fonds virés depuis l'étranger. Sa raison d'être : le solde peut repartir librement. C'est le compte qui garde votre argent étranger « exportable ».
Compte en devises — tenu en euros, en dollars ou dans une autre devise cotée auprès d'une banque marocaine. Les fonds restent dans leur devise d'origine et se rapatrient sans jamais passer par le dirham.
L'erreur classique : faire atterrir des fonds étrangers sur un compte en dirhams ordinaire parce que c'était le plus simple à ouvrir. Une fois là, ils héritent des restrictions de l'argent gagné localement. Faites entrer vos devises sur un compte en dirhams convertibles ou en devises, et elles gardent leur droit de sortie.
Faire entrer l'argent : la déclaration douanière est décisive
Les entrées sont pour l'essentiel libres. Vous pouvez faire entrer autant de devises que vous voulez. Mais au-delà de 10 000 EUR (ou l'équivalent), vous devez les déclarer à la frontière dès l'arrivée.
Cette déclaration n'est pas une formalité à négliger. Pour déposer des billets étrangers sur votre compte, la banque exige l'original de la déclaration d'importation de devises visée par la douane, valable six mois. Pas de déclaration visée, ou une déclaration périmée, et l'argent perd sa traçabilité — celle-là même qui prouvera plus tard que les fonds venaient de l'étranger et peuvent donc en ressortir.
À retenir :
Déclarez à l'aéroport même sans certitude d'en avoir besoin. C'est gratuit et cela préserve vos options.
Préférez un virement bancaire vers un compte en dirhams convertibles ou en devises plutôt que du liquide. Le virement crée la trace automatiquement.
Si vous entrez du liquide, déposez-le dans le délai de six mois.
Faire sortir l'argent : ce qui part librement, ce qui exige une signature
Votre banque est le point de passage. Les banques marocaines agissent comme intermédiaires agréés — habilités par l'Office des Changes à exécuter les opérations de change — de sorte que le type de compte et les justificatifs déterminent ce qu'elles peuvent traiter de leur propre autorité et ce qu'elles doivent faire remonter. Une fois les comptes bien configurés, les sorties se répartissent nettement :
Librement transférable : les soldes des comptes en dirhams convertibles et en devises qui remontent à des fonds introduits depuis l'étranger.
Soumis à l'autorisation de l'Office des Changes : les dirhams générés au Maroc — bénéfices, salaire versé localement, revenus locatifs — au-delà des dotations personnelles habituelles.
D'où deux expériences opposées au guichet pour deux étrangers ayant la même somme. Celui qui a fait transiter ses devises par le bon compte les ressort en une après-midi. Celui qui les a laissées se mêler à un compte en dirhams local monte désormais un dossier de justification.
Si vous investissez ou montez une société ici
Déclarez l'investissement correctement et le Maroc garantit le retour des fruits. L'IGOC 2026 confirme la convertibilité totale des investissements étrangers réalisés par le circuit bancaire en devises : rapatriement libre des dividendes, des bénéfices et du produit de cession — un investissement direct étranger (IDE) monté dans les règles conserve cette garantie toute sa vie.
Les règles de 2026 ajoutent aussi une facilité pour un cas précis : l'étranger qui détient un investissement ici depuis dix ans ou plus mais ne peut pas produire de justificatifs de financement en devises. Cette personne peut désormais transférer les revenus de son investissement jusqu'à 2 millions de dirhams par année civile. C'est une porte de sortie pour l'argent dont la traçabilité n'a jamais été correctement établie — pas une dotation générale des dix premières années.
La condition derrière la version forte est la même qu'en tête de ce guide : l'investissement doit être réalisé et déclaré avec des fonds étrangers, par le circuit bancaire, dès le départ. Rattraper ce statut sur de l'argent déjà posé sur un compte local est difficile, et la voie des 2 millions de dirhams existe justement parce que tant de gens ne l'ont pas fait à temps.
À mettre en place avant de bouger le moindre dirham
Choisissez le compte avant le virement. Si l'argent vient de l'étranger, ouvrez un compte en dirhams convertibles ou en devises et virez-le directement dessus.
Déclarez les devises en liquide à la frontière au-delà du seuil de 10 000 EUR, et déposez-les dans les six mois contre la déclaration visée.
Gardez chaque trace — confirmations de virement, déclarations douanières, références SWIFT. Votre capacité à rapatrier ne vaut jamais plus que vos justificatifs.
Si vous investissez, structurez la déclaration en amont. La garantie de rapatriement est généreuse, mais seulement pour les investissements montés correctement dès le premier jour.
Un mot sur la direction que prend tout cela : le régime se digitalise dans une libéralisation graduelle. En juin 2026, l'Office des Changes a lancé SARF, une plateforme qui fait basculer les sociétés de change agréées vers un traitement numérique, instantané et traçable, dans le cadre de son plan de modernisation 2025-2029. Vous ne toucherez pas SARF en tant que particulier, mais le signal est clair : plus de traçabilité, des dossiers plus stricts, moins de place pour le bricolage. Plus votre historique est propre, plus chaque futur transfert sera fluide.
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