La moitié des domaines .ma enregistrés au Maroc ne mènent nulle part. On a creusé le sujet.
Un article sur la croissance des télécoms marocains a révélé une statistique discrète mais frappante sur les domaines .ma. On a cherché les données historiques, comparé avec l'Afrique et l'Europe, et trouvé quelque chose qui méritait d'être écrit.
Tout a commencé par un article de Morocco World News consacré au dernier rapport trimestriel de l'ANRT. Parmi les gros titres sur le déploiement de la 5G et la baisse du volume des SMS, une ligne a retenu notre attention : les enregistrements de domaines .ma au Maroc avaient atteint près de 134 000 à la fin de 2025, soit une hausse de 8,1 % en un an. Une bonne nouvelle pour l'adoption du numérique. Mais enfoui dans les données historiques de ce même régulateur se trouvait un chiffre qui racontait une toute autre histoire. Nous l'avons recherché et avons constaté qu'il n'avait pratiquement pas évolué en six ans.
Un peu plus de la moitié des domaines .ma enregistrés sont associés à un site web actif. Environ 65 000 entreprises et particuliers marocains ont enregistré un domaine, l'ont payé chaque année, mais n'ont rien créé. Ou bien ils ont créé quelque chose, l'ont laissé inactif, tout en continuant à renouveler l'adresse.
Les chiffres ne cessent d'augmenter. Mais le rapport entre les intentions et leur concrétisation n'a pratiquement pas évolué. De plus en plus d'entreprises s'implantent sur Internet. Mais seule une proportion à peu près équivalente y est réellement présente.
Ce qui rend ces données remarquables
Avant d'analyser la signification de ces chiffres, il convient de s'arrêter un instant sur le simple fait qu'ils existent. La plupart des registres de noms de domaine à travers le monde recensent les enregistrements, les renouvellements et les suppressions. Mais très peu d'entre eux prennent la peine de vérifier si des sites sont réellement hébergés à ces adresses.
C'est le cas de l'ANRT. Son observatoire annuel des noms de domaine suit ce taux de sites web actifs chaque année depuis 2017. Ces données sont publiées ouvertement et de manière détaillée, parallèlement aux taux de renouvellement, à l'ancienneté des domaines, à la localisation des titulaires et aux données de configuration DNS. Pour un organisme de régulation africain, un tel niveau de transparence est véritablement inhabituel. Cela montre que l'ANRT considère les enregistrements de domaines comme un moyen d'atteindre un objectif, et non comme un chiffre à maximiser pour faire la une des journaux.
La plupart des analyses sur la croissance numérique du Maroc s'arrêtent aux chiffres d'enregistrement. Les données de l'ANRT permettent de poser une question plus honnête : ces enregistrements se traduisent-ils réellement par une présence numérique ? La réponse, systématiquement, est : dans environ la moitié des cas.
Le Maroc comparé aux autres
Pour contextualiser, nous avons cherché quelles données équivalentes existent pour d'autres pays. La comparaison est révélatrice, mais pas de la manière attendue.
L'absence de données sur les sites actifs dans le reste du tableau ne constitue pas une lacune dans notre étude. Il s'agit de la réalité : en Afrique du Sud, ZARC, le NiRA, le KeNICet les registres européens publient tous des chiffres sur le nombre de domaines et les taux de renouvellement, mais ne vérifient pas s'il existe un site web opérationnel derrière chaque domaine. La question n'est tout simplement pas posée.
Sources :ZARC,NiRA T1 2025,KeNIC,ANRT
C'est important parce que cela signifie que le Maroc est, seul parmi ces marchés, le seul à soumettre son adoption numérique à un examen rigoureux. Le chiffre de 51 % serait invisible ailleurs. Cette honnêteté institutionnelle est la raison pour laquelle cette conversation est possible, et c'est en partie ce qui rend la transition numérique marocaine particulièrement intéressante à suivre.
Ce qui se passe réellement
Le chiffre de 51 % est facile à mal interpréter comme le signe d'un manque d'ambition numérique. Ce n'est pas le cas. Il témoigne d'un point de friction précis : l'écart entre la décision de passer au numérique et la capacité à la concrétiser.
Le taux de pénétration d'Internet au Maroc a dépassé les 112 % en 2025, selon le même rapport de l'ANRT qui a révélé cette information. Le problème n'est pas l'accès. L'enregistrement d'un domaine .ma est une démarche simple que toute entreprise peut effectuer en un après-midi auprès d'un bureau d'enregistrement agréé. Mais créer un site crédible derrière ce domaine l'est moins : il doit être fonctionnel sur mobile, lisible en français et en arabe, disposer d'un moyen de contact qui fonctionne réellement et d'un contenu régulièrement mis à jour. Cela nécessite soit des compétences, soit un budget dont de nombreuses PME ne disposent pas immédiatement.
La vraie contrainte
Il existe aussi une dynamique structurelle que la plupart des analyses sur l'adoption numérique ratent. Au Maroc, le principal mécanisme de confiance dans les affaires, c'est la relation personnelle, pas la présence en ligne. Une clinique, une fiduciaire, un groupe de restauration — leurs clients arrivent par recommandation, réseau familial, réputation de quartier. Le site web est l'endroit où la relation se vérifie, pas là où elle commence. Alors le domaine est enregistré, satisfait une vague obligation, et reste en jachère parce que rien dans la réalité commerciale immédiate ne punit son absence.
Le coût, lui, s'accumule. Et il est de plus en plus visible pour quiconque arrive de l'extérieur.
Le public qui, lui, regarde les sites
Si vos clients sont marocains et votre réseau local, un site web inactif vous coûte relativement peu aujourd'hui. Mais ce calcul est en train de changer sur deux fronts.
Le premier, c'est la Coupe du monde 2030 et le cycle d'investissement en infrastructure qui l'accompagne. Les entreprises internationales, les équipes d'achats et les partenaires de projets qui évaluent des fournisseurs marocains vérifient les sites web. Ils s'attendent à ce qu'ils soient au minimum en français, fonctionnels sur mobile, et à jour. Une page de stationnement ou un site désuet avec un formulaire de contact cassé n'est pas neutre ; c'est un signal que l'entreprise n'est pas orientée vers le partenariat extérieur.
Le second, c'est l'évolution plus générale de la façon dont les consommateurs marocains, notamment les moins de 35 ans, recherchent désormais des produits et des services. Une clinique sans présence web, sans information de réservation, sans localisation visible perd des patients au profit de celle qui a tout ça, même si la qualité clinique est identique. Le réseau de recommandation est complété par le comportement de recherche, et dans certains secteurs progressivement supplanté par lui.
Source : Observatoire trimestriel des télécommunications de l'ANRT, 4e trimestre 2025
Pourquoi ces données existent
Il vaut la peine de s'arrêter sur le fait que l'ANRT publie ces données. La plupart des registres ne le font pas. La décision de suivre et de communiquer un taux de sites actifs en parallèle des chiffres d'enregistrement témoigne d'une vision institutionnelle selon laquelle les enregistrements de domaines sont une infrastructure, pas des indicateurs de façade. Le régulateur pose la question : est-ce que ces domaines servent à quelque chose ?
Cette question n'a pas encore été largement adoptée au niveau des entreprises. L'écart entre l'intention réglementaire et la réalité opérationnelle est précisément là où se situe le travail.
Pourquoi c'est important pour les entreprises marocaines
Chez Sorato, nous travaillons dans cet écart au quotidien. Pas pour vendre l'idée d'une présence numérique à des entreprises qui n'y ont jamais pensé, mais pour aider celles qui ont déjà commencé à ouvrir réellement leur canal de vente digital.
Le domaine existe. La décision a été prise. Ce qui manque, c'est l'exécution : un site qui fonctionne dans les bonnes langues, qui se charge sur une connexion mobile, et qui transforme un visiteur en contact ou en vente. C'est la différence entre un enregistrement et un canal de vente.
L'obstacle n'est presque jamais la motivation. C'est la capacité, la priorisation, et savoir à quoi ressemble quelque chose de bien fait dans le contexte marocain spécifiquement. Un site construit sans comprendre les attentes locales en matière de paiement, les dynamiques multilingues et le comportement mobile-first est souvent pire que pas de site du tout.
À cette aune, le chiffre de 51 % sous-estime largement l'écart réel. La question n'est pas seulement de savoir si un site se charge. C'est de savoir s'il fonctionne comme un canal pour l'entreprise derrière.
Votre domaine est enregistré. Transformons-le en canal de vente.
Que vous soyez une entreprise marocaine avec un domaine inactif ou une société internationale souhaitant s'établir au Maroc, nous pouvons vous aider à combler l'écart — dans les bonnes langues, pour le bon public.
Pas de discours commercial. Juste une conversation sur ce que vous construisez.